Avec Hervé Falloux , Eric Challier , Ghislaine Lenoir
Pièce de Martine Drai
Montée par Isa Mercure
«Quand tu ouvres ton journal, le matin, tu es blanc. Quand tu le refermes, il reste un peu d’encre au bout de tes doigts, c’est la seule salissure que tu en emportes.(.) Tu es propre, mais tu es obscur. Tu n’as pas tué et tu ne tueras pas. Mais tu regardes le crime d’un autre, tu le regardes trop, tu as besoin de le regarder.»
Dédicace de la pièce par l’auteur:
Je vis dans ma maison. Et ma maison laisse entrer le dehors. Tout le dehors peut y entrer sous forme d’images et de mots. N’importe quelle douleur, n’importe quelle honte peuvent, par les images, les mots, les livres, m’atteindre dans ma maison. Mais je ne suis pas si perméable. Je me défends comme chacun. J’ai pour me protéger l’appareil efficace de mon instinct de survie. On sait bien comment préserver un minimum d’étanchéité. On le sait la plupart du temps. Cette fois, je n’ai pas su. J’ai lu l’histoire d’un homme. De cet homme et de son histoire, je n’ai pas trouvé le moyen de me protéger. Il était là, ne me lâchait plus. Avec son crime. Avec toutes les paroles prononcées de l’autre côté de ce crime. Il demandait que je le regarde, que je l’écoute. Il réclamait que je comprenne, peu à peu, qu’il avait tué pour dire ce qu’il ne pouvait dire qu’après avoir tué. Il m’installait dans le vertige. Je n’aimais pas comprendre cet homme. J’ai pris le parti de regarder, en même temps que lui, ma sympathie pour lui, ma répulsion, mon vertige.
Martine Drai
La source:
Un fait divers relaté et étudié par le juriste et psychanalyste Pierre Legendre, dans son ouvrage « le crime du caporal Lortie ». Le 18 mai 1985, le caporal Denis Lortie a fait irruption dans le bâtiment de l’Assemblée Nationale du Québec, a tué trois personnes, en a blessé huit autres. Il avait pour but, dira-t-il au procès, de «tuer la figure de son père».
La pièce :
Elle est construite comme un puzzle, le puzzle de la vie d’un homme que lui-même, seul, est incapable de reconstituer. Pour cerner le personnage, trois acteurs, deux hommes, une femme. En passant de la narration à l’identification, ils nous font pénétrer au coeur d’une vie, remonter à la source du crime. Ils interrogent les évènements, déchiffrent les signes et mettent à jour un univers enfoui sous des blocs de mots tellement soudés entre eux qu’aucun n’a pu sortir avant le meurtre. Martine Drai nous plonge dans l’opacité d’une vie dont le meurtre n’est que la partie visible, la partie cachée nous conduisant à la question à laquelle on revient toujours : pourquoi ? Elle porte un regard clair sur un geste obscur et nous parle, à travers ce cas extrême, des traces de notre enfance, du poids de nos racines, de la violence de nos secrets.
