Le triomphe de l’amour

Avril 2001 • le 23 à 20hau • le 30 à 20h
Cie la belle étoile

Avec Manuel Durand , Corinne Fischer , Manuel Garavini , Géraud Andrieux , Fabrice Letertre-Hamelin , Anne Massoteau , Chantal Trichet

Pièce de Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux
Mise en scène de Chantal Trichet

Retrouver, avec Marivaux, le goût de la langue française…

Telle était mon inspiration.

« Marivaux n’écrit pas dans une langue donnée. Il écrit en plus dans la langue de tous les écrivains de cette langue : le français », écrit Philippe Sollers. Et c’est ce « en plus » qui m’a séduite et que j’ai voulu interroger dans notre travail. En effet, cette langue, quoique proférée sur la scène, est une langue écrite, très écrite et, tout autant, inscrite dans la chair des personnages, dans cette joute verbale où le désir s’articule en mots.

Tout se joue sur un mot.

« Une faute de langage est une faute d’amour », affirme encore Sollers. Les personnages vivent sous la puissance et la prévenance du langage. Tout l’art de l’auteur est de jouer avec, sur, dans les mots. Le langage devient l’allié, le partenaire prioritaire et privilégié du jeu.

La parole est la pierre de touche ; l’acteur doit chercher en lui la vérité du dire, du dire au plus près du désir. Marivaux offre cette expérience rare, me semble-t-il, de convoquer l’acteur à sortir du registre du pathos, du conflit, pour approcher un autre point de vue : celui de la langue elle-même, comme un acte rigoureux, délicat, parfois même éprouvant.

Est-ce-à-dire, que la scène, travaillée par la parole, conduirait à l’ennui ? De fait, il y a peu d’actions, peu de corps hors le masque et le dévoilement, peu d’événements hors la tension de la quête du désir. Non , rien de tout cela n’inspire l’ennui. Car rien n’est plus de l’ordre du plaisir que ce désir et ses stratagèmes tressés dans l’art du langage.

Rien n’est plus jouissif que de voir l’acteur, virtuose et engagé, s’engouffrer corps compris dans la langue. Il ne s’agit pas de sortir du monde, il s’agit au contraire d’y rentrer. Jamais les personnages ne s’écoutent eux-mêmes. Ils parlent, répondent, échangent, et la parole est un acte de vérité, ou une tentative de vérité, souvent cruelle, pour lever les voiles, démasquer la dérobade.

Et ce qui fascine le spectateur est d’éprouver ce qu’il sait sur lui même : il n’y a que l’épreuve des mots pour dire qui je suis.

Chantal Trichet