Festival Trans

Juin 2006 • le 22 à 20hau
Juillet 2006 • le 2 à 20h
Proposé par Jean-Michel Rabeux

LE ROI LEAR d’après Shakespeare
L'ETRANGE MOT D'... de Jean Genet
JOPLIN & MORISSON de Corinne Cicolari
LE NOM SUR LE BOUT DE LA LANGUE de Pascal Quignard
EUROPE, tragedy d’après Ovide
NE VOUS LAISSEZ JAMAIS METTRE AU CERCUEIL d’Antonin Artaud
BOLEROS RECITAL de Cyrus Hordé et Nicolas Martel
EMMENE MOI AU BOUT DU MONDE de Blaise Cendrars
MEDEE MATERIAU de Heiner Müller
POUR LOUIS DE FUNES de Valère Novarina

TRANS… n'est pas un festival, c'est une fête.

TRANS… n'existe pas pour lui-même, il existe par les spectacles qu'il propose, il a été inventé pour vous les proposer.
TRANS… est une proposition inquiétante et joyeuse.
TRANS… fait la preuve que la TRANSmission s'opère dans notre art, que les générations s'entremêlent et s'enrichissent de le faire. Nous en débattrons très sérieusement.

Les spectacles qui le composent, je les ai tous vus et aimés. Ils sont le fait de jeunes gens qui ont vu les miens, travaillé avec moi, à côté de moi, contre moi. J'ai travaillé avec, à côté, contre eux, pillant sans le savoir, sans qu'ils le sachent, pillant, dérobant, dévorant leurs vies, leurs jeunesses, leurs oeuvres. Dans leurs diversités, leurs spectacles ont ouvert en moi l'inquiétude que tous portent, l'effroi. Mais tous ils sont saisis par la joie rageuse d'être plus puissants, plus beaux, plus inoubliables que toutes les cruautés du monde. Tous ont cette violence, mais réfléchie, mais souvent douce, cette violence qui est la réponse de ceux qui haïssent la violence du monde. Tous ont cette utopie : la conjurer.

TRANS… c'est des imaginaires surchauffés qui se dressent contre l'état des choses. Dans le plaisir et par le plaisir. Les metteuses, les metteurs en scène disent un non radical, rigolard, douloureux, aux fatalités impitoyables de notre si belle époque. Aussi leurs spectacles sont-ils très politiques. Oh, pas au sens où l'entendent les tenants d'un théâtre arrêté au temps de leur jeunesse, non, non, il s'agit d'une résistance au monde d'aujourd'hui, avec les armes artistiques d'aujourd'hui.

Les mots dans les corps, et non devant eux, les paroles, me semblent être leur arme principale. Parce que nos paroles sont notre fragilité, notre liberté. Parce que, libres, elles sont ce que répriment toutes les intolérances, jusqu'à la censure, jusqu'à la mise sous silence, sous oubli. Ces spectacles nous rappellent que nous sommes parlants, ce qui nous rend dangereux.

Les corps dans tous leurs états, les chairs, me semblent être leur arme singulière, parce qu'elles sont notre fragilité, notre brièveté, parce qu'elles sont ce que répriment toutes les intolérances, jusqu'à la torture, jusqu'à la mort. Ces spectacles nous rappellent que nous sommes mortels, ce qui nous rend doux.

TRANS… sera doux parce que tous ceux qui le composent le sont, ce qui ne veut pas dire qu'ils ne sont pas tranchants, mais ils ont songé à la violence, à l'abus de pouvoir et ainsi ne l'exercent-ils pas les uns contre les autres. Ils sont aventuriers, très, très singuliers, mais ils sont solidaires, ce qui se fait rare au théâtre.

TRANS… qui n'est pas un festival, sera un festin nous TRANSportant de plaisirs en plaisirs, ceux du théâtre bien sûr, mais ceux des rencontres aussi, ceux de la langue, oui, et ceux du ventre. On aime tous manger, on mangera, et bien, avec des surprises à la clé des repas, des cabarets, des lectures, des interventions de toutes sortes, des débats, sérieux, très sérieux, pas sérieux. Je vous jure qu'à un repas avec des comédiens, ces merveilleux handicapés du pouvoir, ces méprisés, ces adulés, je vous jure qu'on ne s'ennuie pas du tout, quand ils se mettent à chanter, et rire, on pleure, mais de bonheur.

TRANS… c'est un bonheur.

Jean-Michel Rabeux

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